Réflexion de Djuma Mumbere Expert gemmologue Acteur sociopolitique
Initiateur et Coordonnateur national de la dynamique UBUNTU RENAISSANCE
Dans le cadre de ma contribution au débat sur la paix durable dans l’Est de la République démocratique du Congo, j’ai eu l’honneur de rencontrer ce jour Monsieur Corneille Nangaa, coordonnateur de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), pour un entretien approfondi de plus d’une heure consacrée aux réalités géologiques, économiques et stratégiques de la région des Grands Lacs.
Au cours de cet échange, plusieurs questions fondamentales ont été abordées : la problématique des ressources minières, les enjeux sécuritaires régionaux, les limites de la gouvernance actuelle en RDC ainsi que les perspectives d’une paix durable fondée sur la coopération régionale et la responsabilité politique.

En tant qu’expert gemmologue et coordonnateur national de la dynamique UBUNTU RENAISSANCE, je considère qu’il est temps d’ouvrir un débat sérieux, rationnel et dépassionné sur la question dite du « scandale géologique » congolais. Pendant plusieurs années, cette expression a été utilisée comme un argument politique destiné à expliquer presque tous les échecs de gouvernance du pays. Pourtant, derrière cette rhétorique émotionnelle se cachent souvent des réalités beaucoup plus complexes que le peuple congolais mérite de comprendre avec lucidité.
1. Le mythe du « pillage de survie » et la manipulation politique
Depuis plusieurs décennies, les ressources naturelles de la République démocratique du Congo occupent une place centrale dans les discours politiques nationaux. Les guerres à répétition, l’instabilité sécuritaire et les tensions diplomatiques avec les pays voisins sont régulièrement présentées comme les conséquences directes d’une prétendue convoitise exclusive autour des minerais congolais.
Cette lecture simplifiée de la crise congolaise a progressivement été transformée en outil politique. Elle permet à certains dirigeants de détourner l’attention des véritables problèmes internes : mauvaise gouvernance, corruption systémique, détournements des fonds publics, affaiblissement des institutions de l’État, absence de planification économique et incapacité à garantir la sécurité des populations.
Aujourd’hui encore, le régime de Félix Tshisekedi continue de présenter la guerre comme la principale justification des échecs enregistrés dans plusieurs secteurs essentiels de la vie nationale. Les dépassements budgétaires, la faiblesse des infrastructures, la crise sociale persistante ainsi que les scandales financiers sont souvent expliquées par le contexte sécuritaire.
Pourtant, cette stratégie de communication politique ne répond pas aux véritables préoccupations du peuple. Elle entretient une culture de victimisation permanente qui empêche toute remise en question sérieuse des responsabilités internes.
Il devient donc nécessaire de poser des questions fondamentales :
- Pourquoi certaines provinces éloignées des zones de guerre demeurent-elles dans un état de pauvreté extrême malgré leurs immenses richesses ?
- Pourquoi les populations continuent-elles de manquer d’eau potable, d’électricité, d’écoles et d’hôpitaux alors que le pays dispose d’énormes ressources minières ?
- Pourquoi les recettes générées par l’exploitation des minerais ne se traduisent-elles pas par une amélioration concrète des conditions de vie des citoyens ?
Ces interrogations montrent que le problème congolais ne peut être réduit à une simple question de pillage extérieur. La crise est avant tout liée à une profonde défaillance de gouvernance.

Expert gemmologue Acteur sociopolitique
Initiateur et Coordonnateur national de la dynamique UBUNTU RENAISSANCE
2. La réalité géologique régionale : un débat souvent falsifié
L’un des plus grands mensonges entretenus dans le débat public congolais consiste à faire croire que la RDC serait l’unique puissance minière de la région des Grands Lacs, et que tous les pays voisins dépendraient exclusivement de ses ressources pour survivre économiquement.
Cette affirmation ne résiste pas à une analyse géologique sérieuse.
La réalité est que plusieurs pays africains disposent eux aussi de ressources stratégiques importantes :
Le Rwanda
Le Rwanda possède des réserves reconnues de minerais stratégiques, notamment :
- le coltan (tantale),
- la cassitérite (étain),
- le tungstène,
- l’or.
Malgré la petite taille de son territoire, le Rwanda a investi dans la structuration de son secteur minier, la traçabilité et la valorisation de certaines chaînes de production.
La Tanzanie
La Tanzanie figure parmi les puissances minières les plus importantes d’Afrique de l’Est. Le pays dispose notamment :
- d’importantes réserves d’or,
- de diamants,
- de nickel,
- d’uranium,
- de graphite,
- ainsi que de la célèbre tanzanite, pierre précieuse unique au monde.
Cette réalité démontre que l’économie régionale ne repose pas exclusivement sur le sous-sol congolais.
Le Kenya
Le Kenya possède également :
- du titane,
- des terres rares,
- de l’or,
- du calcaire,
- ainsi que d’importantes ressources énergétiques et gazières.
En outre, Nairobi s’est imposée comme un hub régional dans les secteurs des services, de la finance et des nouvelles technologies.
3. Le véritable scandale : la mauvaise gouvernance congolaise
Le véritable scandale géologique n’est pas uniquement lié à l’existence des minerais. Il réside surtout dans l’incapacité de l’État congolais à transformer ces richesses en développement concret pour sa population.
Le paradoxe du Kasaï
Le Kasaï est l’une des régions les plus riches en diamants du pays. Pourtant, les infrastructures y restent extrêmement dégradées :
- routes impraticables,
- faible accès à l’électricité,
- pauvreté chronique,
- chômage massif des jeunes.
Or, cette région n’a jamais été occupée par le Rwanda. Cela démontre clairement que les difficultés du pays ne peuvent être expliquées uniquement par l’ingérence étrangère.

Le Maniema : richesse minière et isolement
Le Maniema possède d’importantes ressources minières, notamment :
- le coltan,
- la cassitérite,
- l’or.
Cependant, la province reste fortement enclavée. Les routes sont dégradées et les populations vivent dans des conditions précaires. Cette situation révèle encore une fois les limites de la gouvernance nationale.
L’Équateur : richesse écologique abandonnée
La province de l’Équateur dispose d’un immense potentiel :
- ressources forestières,
- biodiversité,
- agriculture,
- crédits carbone.
Malgré cela, l’abandon des infrastructures routières empêche tout développement économique sérieux. Les populations locales demeurent marginalisées alors que cette région pourrait contribuer fortement à la relance économique du pays.
Le paradoxe du Lualaba et du Haut-Katanga
Les provinces du Lualaba et du Haut-Katanga produisent une part considérable du cuivre et du cobalt mondial. Ces minerais sont essentiels dans l’industrie technologique moderne, notamment pour les batteries électriques.
Pourtant :
- les populations locales vivent souvent dans la pauvreté,
- les infrastructures sociales restent insuffisantes,
- la pollution environnementale progresse,
- les bénéfices profitent principalement à une minorité politique et économique.
Ce contraste illustre l’échec du modèle actuel de gestion des ressources naturelles.
4. L’insécurité persistante : une crise de leadership
Les villes de Beni, Butembo et plusieurs territoires de l’Ituri continuent d’être frappés par des violences meurtrières malgré leur présence officielle sous contrôle gouvernemental.
Des massacres sont régulièrement enregistrés :
- attaques contre les civils,
- enlèvements,
- incendies de villages,
- assassinats à la machette.
Face à cette situation, de nombreuses questions restent sans réponses :
- Pourquoi l’État échoue-t-il à protéger durablement les populations ?
- Pourquoi les dispositifs sécuritaires restent-ils inefficaces malgré les budgets engagés ?
- Pourquoi les auteurs des massacres continuent-ils d’agir avec autant de facilité ?
La vérité est qu’aucune paix durable ne pourra être obtenue sans une réforme profonde du leadership politique et sécuritaire.
La crise congolaise n’est pas uniquement militaire. Elle est également institutionnelle, diplomatique et morale.
5. La nécessité d’une coopération régionale
Nos voisins resteront nos voisins pour toujours. Aucun peuple ne peut déplacer la géographie. La stabilité de la région des Grands Lacs dépendra donc nécessairement d’une coopération intelligente entre les États.
La haine du voisin, les discours de stigmatisation et les accusations permanentes ne construiront jamais la paix.
Au contraire, la paix durable nécessite :
- une diplomatie responsable,
- la coopération économique régionale,
- la gestion concertée des frontières,
- des mécanismes transparents de gestion des ressources,
- le respect mutuel entre les peuples.
Les défis sécuritaires de la région sont complexes et exigent des solutions collectives plutôt qu’une politique permanente de désignation de boucs émissaires.
6. L’appel d’UBUNTU RENAISSANCE à une révolution civique
Face à cette situation, la dynamique UBUNTU RENAISSANCE appelle à une révolution des consciences et à un réveil citoyen.
Cette révolution ne signifie pas nécessairement la violence ou la prise des armes. Elle implique avant tout :
- La défense de la vérité,
- La promotion de la connaissance,
- L’exigence de responsabilité politique,
- La participation citoyenne,
- Le refus de la manipulation émotionnelle.
Le peuple congolais doit apprendre à analyser les faits avec lucidité et à dépasser les discours simplistes fondés uniquement sur l’émotion et la peur.
L’avenir de la RDC dépendra de sa capacité à construire :
- des institutions fortes,
- une justice indépendante,
- une économie diversifiée,
- une armée républicaine efficace,
- une diplomatie régionale crédible.
7. Conclusion : pour une nouvelle vision de la RDC
La République démocratique du Congo mérite mieux que les divisions permanentes, les discours de haine et les manipulations politiques.
Le véritable combat aujourd’hui est celui de la bonne gouvernance, de la transparence et de la responsabilité des dirigeants devant le peuple.
Le renouveau du Congo ne passera ni par la victimisation permanente ni par la haine des pays voisins. Il passera par :
- la vérité,
- la compétence,
- la justice,
- la coopération régionale,
- et l’émergence d’un leadership capable de placer l’intérêt du peuple au-dessus des intérêts politiques personnels.
J’appelle ainsi l’ensemble des Congolais, particulièrement les populations de Beni, Butembo et de l’Ituri, à rester vigilants, unis et mobilisés pour défendre leurs droits, leur sécurité et leur avenir.
La RDC possède les ressources humaines, naturelles et intellectuelles nécessaires pour devenir une grande puissance africaine. Mais cela exige une transformation profonde de la gouvernance et une rupture avec les pratiques politiques qui entretiennent les crises depuis plusieurs décennies.
reflexion de l’Hon. Djuma Mumbere
Expert gemmologue Acteur sociopolitique
Initiateur et Coordonnateur national de la dynamique UBUNTU RENAISSANCE
Ubuntu kids ?

UBUNTU RENAISSANCE est une dynamique citoyenne, scientifique et stratégique de plaidoyer, de sensibilisation et de mobilisation fondée sur les faits, la connaissance et la vérité.
Elle a pour vocation de promouvoir “une compréhension rigoureuse des ressources naturelles de la région des Grands Lacs, de mettre en lumière leur potentiel comme levier de coopération, de prospérité partagée et de paix durable, et de contribuer au renouveau de la République démocratique du Congo.“
UBUNTU RENAISSANCE vise à éveiller les consciences, à encourager une lecture objective des réalités géologiques, économiques et géopolitiques de la région, et à renforcer la capacité des citoyens à distinguer les faits des discours simplificateurs.
La dynamique s’attache à démontrer que les ressources naturelles, lorsqu’elles sont gérées avec transparence, compétence et responsabilité, peuvent devenir un puissant instrument de développement, de stabilité et d’intégration régionale.
À travers la recherche, l’éducation, le plaidoyer et la mobilisation citoyenne, UBUNTU RENAISSANCE œuvre à promouvoir une gouvernance fondée sur la vérité, la responsabilité et l’intérêt général, afin de faire des richesses naturelles un facteur de paix, de dignité et de prospérité pour les peuples de la région, et en particulier pour la République démocratique du Congo.
Kivu News Today















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