Après plusieurs années de discrétion politique, l’ancien président congolais Joseph Kabila a accordé, le 20 mars à Goma, un entretien remarqué au quotidien belge La Libre Belgique. Cette prise de parole intervient dans un contexte particulièrement tendu en République démocratique du Congo (RDC), marqué par une recrudescence des violences dans l’est du pays et une crispation croissante du climat politique.
Dans cet entretien, l’ancien chef de l’État revient notamment sur une récente frappe de drone survenu à proximité de sa résidence, qui a coûté la vie à une employée de UNICEF ainsi qu’à deux civils. Sans affirmer avoir été directement visé, Kabila évoque une situation sécuritaire alarmante, estimant que « la population congolaise est ciblée depuis des mois ». Malgré ces circonstances, il affirme garder « le moral », tout en soulignant la gravité de la crise humanitaire et sécuritaire.
Sur le plan politique et judiciaire, Joseph Kabila s’est montré étonnamment serein face aux procédures engagées contre lui, notamment la levée de son immunité parlementaire et une condamnation à mort prononcée par la justice congolaise. Il préfère replacer ces développements dans un cadre plus large, dénonçant ce qu’il décrit comme une détérioration continue de la gouvernance depuis son départ du pouvoir en 2019. Il accuse ouvertement le régime actuel du président Félix Tshisekedi d’avoir instauré une « dictature » et une « tyrannie » menaçant les fondements démocratiques du pays.
L’ancien président met également en garde contre une évolution du conflit congolais vers un scénario comparable à celui du Soudan, évoquant le risque d’une fragmentation durable et d’un enlisement du conflit. Toutefois, il relativise pour l’instant la perspective d’une partition Est-Ouest du territoire congolais, tout en appelant à une vigilance accrue face aux dynamiques régionales.
Concernant les pistes de sortie de crise, Kabila plaide pour un dialogue politique inclusif impliquant l’ensemble des acteurs nationaux et régionaux, rappelant les processus qui avaient permis de stabiliser le pays au début des années 2000. Il critique par ailleurs la multiplication des initiatives diplomatiques qu’il juge « désordonnées » et inefficaces, estimant qu’elles manquent de coordination et de volonté politique réelle.
Sa présence à Goma, une ville actuellement sous l’influence de la rébellion AFC/M23, alimente de nombreuses spéculations sur son rôle et ses intentions. L’ancien président rejette toute ambiguïté, affirmant être « chez lui » sur le territoire national et se présentant comme un potentiel facteur de rassemblement. Dans un ton résolument politique, il appelle les Congolais à se mobiliser pour « mettre fin à la tyrannie », faisant explicitement référence à l’article 64 de la Constitution, qui autorise les citoyens à s’opposer à toute prise de pouvoir jugée illégale.
Enfin, Joseph Kabila s’oppose fermement à toute réforme constitutionnelle dans le contexte actuel, qu’il considère comme « dangereuse » pour la stabilité déjà fragile du pays.
Cette intervention médiatique marque un tournant significatif : en rompant son silence, Joseph Kabila réintègre de facto le centre du débat politique congolais, à un moment où la RDC fait face à une combinaison de défis sécuritaires, institutionnels et humanitaires. Pour les observateurs internationaux, cette sortie pourrait redessiner les équilibres politiques internes, tout en influençant les dynamiques régionales déjà complexes dans la région des Grands Lacs.
Kivu News Today














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